Sexisme et discrimination en politique : la décapante interview de la maire d’Ecquevilly

Anke Fernandes, 52 ans, est connue pour son franc-parler. Dans une récente interview au site internet elueslocales.fr, la maire franco-allemande d’Ecquevilly raconte son parcours politique, l’ayant mené jusqu’à la tête de la mairie en 2014.

Elle décrit surtout la misogynie et le sexisme qui règnent tant chez les hommes politiques, en particulier des générations plus âgées, que chez certains électeurs… mais n’en oublie pas tous ceux qui ont fait de ses origines allemandes un motif de ragots lors de la campagne électorale.
 
Présidente de l’Ecole de musique et de danse, elle se voit proposer une place sur la liste en 2008 car son prédécesseur, Guy Jeanne (DVD), et devient adjointe après l’obtention nécessaire de la nationalité française :

J’étais notamment présente aux fêtes, et c’est ainsi que Monsieur le maire qui, grâce à la parité, a été obligé de choisir des femmes et m’a demandé si je souhaitais travailler à ses côtés, il y a plus de 8 ans maintenant.

 
Guy Jeanne est jugé sévèrement par celle qui lui a succédé, dans ses rapports humains et en particulier aux femmes :

L’ancien maire était là depuis 30 ans, c’était un peu la vieille école. C’est un homme qui pensait beaucoup à la construction, mais qui en oubliait les citoyens qui y vivent dans la commune. Il n’était pas assez porté vers l’humain selon moi. De plus, il avait vraiment du mal à accepter les femmes, nous étions là seulement car il était obligé, mais pour lui nous étions incapables.

 

Un sexisme omniprésent qui se reproduit lors de la campagne électorale de 2014, où elle se présente contre le successeur désigné par le maire sortant :

Ensuite les élections sont arrivées, avec 4 listes dont 3 ayant comme tête de liste un homme. Ils se sont bien amusés à dire de moi que j’étais incompétente, que j’étais une femme donc que je ne pourrai pas gérer une commune, que je n’y connaissais rien, etc. […] Souvent, les remarques portaient sur la même chose : le fait qu’une femme « n’était pas capable d’être maire ».


 
Mais la misogynie n’a pas été sa seule difficulté pendant l’élection. S’y est ajouté un racisme anti-Allemand du meilleur goût, se rappelle celle qui serait toujours appelée « Madame Merkel » par certains dans sa commune :

Pendant la campagne, du fait de ma double nationalité, on racontait que j’allais démonter le monument aux morts où est inscrit « sauvagement assassinés par les allemands ».

Ensuite une lettre a été diffusée, faite par je-ne-sais-qui et m’accusant de l’avoir écrite. En retour, j’ai annoncé au conseil municipal que si par malheur quelqu’un se permettait encore une fois de raconter n’importe quoi, je porterai plainte pour diffamation. Mais je m’en doutais, j’en aurai mis ma main au feu !

C’était la meilleure façon de blesser, de dire « regardez-là elle est Allemande, même pas Française vous ne pouvez pas la laisser être Maire de la commune ! ». Dans le café du coin aujourd’hui on m’appelle Madame Merkel, pas très sympa non plus (rire).

SOURCE : ÉLUESLOCALES.FRCREDIT PHOTO : TR 78

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