Prison de Poissy : risques d’effondrements et sécurité incendie défaillante

Il souhaite que la maison centrale déménage hors du centre-ville, le maire de Poissy Karl Olive (DVD) l’a fait à nouveau savoir au gouvernement. Ce mercredi 23 mai, il a remis au premier ministre Edouard Philippe une note reprenant sa demande d’un déplacement, motivée par l’état actuel de l’établissement, ancien couvent devenu prison en 1821, qui accueille 230 détenus condamnés à des peines supérieures à dix ans.

Dans cette note figure une information qui concerne la sécurité des détenus comme des surveillants à l’intérieur de la prison et n’avait été jusque-là jamais révélée publiquement : leur sécurité n’est pas assurée en cas d’incendie, et la vétusté des bâtiments leur fait courir des risques. Depuis le 17 octobre 2014, la maison centrale est ainsi placée « sous avis défavorable à la poursuite de ses activités », par la sous-commission départementale de sécurité qui dépend du préfet.

Cet avis été maintenu lors d’une seconde visite en octobre 2017. Le 27 avril 2018, un schéma directeur d’amélioration de la sécurité incendie a été validé par la sous-commission départementale de sécurité : il prévoit quatre ans de « gros travaux » pour réduire les risques d’incendie. Plusieurs risque sérieux ont en effet été identifiés depuis 2014, et parfois avant cette date.

Concernant les départs et la propagation du feu, le système de sécurité incendie est « obsolète » et son fonctionnement « aléatoire », à l’inster des volets de désenfumage à remplacer depuis 2008. Plus de 300 non-conformités ont été relevées sur le réseau électrique, avec pour effet un « risque de surchauffe des circuits » et un « danger d’électrisation ». Certains locaux n’ont pas de système de détection des incendies.

En cas d’incendie, il est noté que le système d’éclairage de sécurité est « partiel et incomplet ». Selon la sous-commission, les engins de secours « ne peuvent pas accéder à tous les bâtiments » et leur accès aux poteaux incendies est « compliquée ». Enfin, le système de désenfumage des locaux est « quasi inexistant ».

La sous-commission s’attarde également sur des « risques d’effondrement » de « bâtiments anciens non rénovés avec un état de vétusté important pour certains ». La mairie de Poissy fait par ailleurs remarquer dans sa note, reprenant l’analyse des risques, que les détenus « n’occupent qu’une petite partie des bâtiments du site aujourd’hui désaffectés et inoccupés ».

Cette grande vétusté touche aussi, selon la municipalité, le mur d’enceinte de l’établissement pénitentiaire dans sa partie qui longe l’avenue des Ursulines (photo) :

Un examen de la partie extérieure du mur, côté avenue des Ursulines, a permis de constater que sur le domaine public – au droit du transformateur et arrêt de bus « Poissy cimetière » – le profil du terrain engazonné renvoie les eaux de ruissellement vers le mur d’enceinte et déstabilise le sous-bassement par la présence d’une humidité importante.

Ce désordre présente un caractère assez sérieux, dans la mesure où un effondrement, même partiel, de ce mur constituerait une fragilisation substantielle de la sûreté pénitentiaire et conduirait – le temps des travaux de reconstruction – à la mise en place d’un dispositif lourd de sécurité active périmétrique. Ci-après quelques images récentes du mur d’enceinte.

 

Depuis 2010, plusieurs ministres de la justice ont annoncé leur intention de fermer la maison centrale en 2016, notamment en raison des 55 millions d’euros estimés nécessaires à une rénovation et à une mise aux normes sécuritaires, selon un rapport de visite du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) effectuée en mai 2014. A partir de 2013, la poursuite de l’activité y a été « de nouveau envisagée ».

Le chef de la maison centrale, en 2013, proposait à son administration un projet estimé à 18 millions d’euros, visant à « une restructuration de l’établissement en un centre pénitentiaire pour longues peines de 400 places (aux normes sécuritaires moins coûteuse qu’une maison centrale, Ndlr), incluant un quartier centre de détention de 330 places et un quartier de semiliberté de 70 places ».

Si l’établissement a bien lancé l’an dernier deux appels d’offres pour rénover les douches et moderniser son système de caméras, dans l’ensemble, peu de travaux y ont été faits depuis une décennie, poursuit le rapport du CPGL :

Par exemple, la remise en état des tuyaux de chauffage du bâtiment d’hébergement n’est pas envisagée alors même que de nombreuses cellules en sont privées et qu’une solution temporaire est prévue par la mise en place – coûteuse – de radiateurs électriques. De même, le secteur des activités
a été laissé en l’état depuis plus de dix années à la suite d’un incendie l’ayant partiellement endommagé.

 

Dans sa propre note du 23 mai, la mairie de Poissy pointe, en ce qui la concerne, qu’un déménagement de la prison serait « l’occasion de repenser une grande partie du centre-ville dans un secteur à fort enjeu patrimonial ». Pour le gouvernement, elle avance un double argument, financier et humain :

Au regard du coût de mise aux normes du bâtiment et de la valeur potentielle du foncier, une opération de déplacement de la maison centrale de Poissy pourrait être une opération intéressante pour l’Etat comme pour les personnels pénitentiaires qui travaillent dans des conditions à la fois dangereuses et très dégradées.

SOURCE : MAIRIE DE POISSY / CGLPLCREDIT PHOTO : TR 78

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