Dans les couloirs de la préfecture de Versailles, entre deux réunions, la scène a des airs de mobilisation générale : forces de l'ordre, représentant de l'ARS, procureur et préfet se pressent devant les médias ce mardi 15 septembre, à l'issue du premier comité départemental consacré au protoxyde d'azote. Le message est clair. Les Yvelines se dotent d'un plan pour 2026-2027, articulé autour de trois mots d'ordre : prévenir, protéger, sanctionner.
Les chiffres justifient l'urgence. Dans le département, 268 interventions des forces de l'ordre ont été recensées en 2025, soit 72 % de plus qu'en 2024. Au niveau national, les signalements d'intoxications ont grimpé de 20 % entre 2024 et 2025, et 80 % d'entre eux font état de troubles neurologiques.
Sensibiliser les jeunes
« En droit français, pas de poursuites s'il n'y a pas de texte d'incrimination », a rappelé le procureur de la République de Versailles, Jean-David Cavaillé, pour expliquer pourquoi le « proto » échappait jusqu'ici largement à la justice. Ce vide juridique, c'est la loi Ripost, adoptée définitivement le 21 juillet dernier, qui vient le combler. Et qui irrigue les trois piliers du plan yvelinois.
Côté prévention, le travail est déjà engagé sur le terrain : 5 900 élèves ont été sensibilisés au cours de l'année scolaire 2025-2026, dans 14 collèges et 7 lycées du département. Le plan prévoit d'étendre ces actions aux missions locales, structures jeunesse et réseaux associatifs, la loi Ripost renforçant elle-même la sensibilisation en milieu scolaire.
Sur le volet « protéger », l'Agence régionale de santé muscle la formation des professionnels de santé et le lien entre médecine de ville, urgences et structures d'addictologie, pour mieux repérer et orienter les consommateurs.

« Pas un produit anodin »
Le plus attendu reste le volet répressif. La loi Ripost crée un délit d'inhalation hors cadre médical (un an de prison, 3 750 euros d'amende), un délit de conduite sous emprise (jusqu'à 3 ans de prison, 9 000 euros d'amende) et sanctionne le transport au-delà d'un certain seuil (2 ans de prison, 7 500 euros d'amende). L'interdiction totale de vente aux particuliers, elle, n'entrera en vigueur qu'au 1er février 2027, le calendrier ayant dû être ajusté pour respecter le droit européen.
En attendant, le préfet dispose désormais d'une arme administrative inédite : la fermeture immédiate d'un établissement vendant du protoxyde d'azote en infraction, pour un mois, jusqu'à six mois en cas de récidive. Sur le terrain, forces de l'ordre et gendarmerie cibleront en priorité les abords des écoles, gares, parkings et lieux festifs. Avec, promet le parquet, une réponse à deux vitesses : prévention pour les simples usagers, poursuites immédiates pour ceux qui s'enrichissent du trafic. Reste la question des commandes en ligne, sur Amazon ou par des circuits plus discrets. « Si vous commandez sur internet, c'est que vous allez consommer », a tranché le Préfet Brice Blondel, qui promet de cibler directement les consommateurs avec les méthodes déjà utilisées contre les stupéfiants.
« Le protoxyde d'azote n'est pas un produit anodin », a résumé Brice Blondel, préfet des Yvelines, évoquant des « atteintes neurologiques graves » et des « accidents dramatiques ». Une urgence sanitaire, sécuritaire, mais aussi environnementale, a insisté le procureur. « Porter une politique pénale volontariste, c'est aussi renforcer la protection de l'environnement contre un puissant gaz à effet de serre ».

