À Mantes-la-Jolie, l’atelier qui fera rouler le RER E est entré en service

L’atelier de maintenance de Mantes-la-Jolie, dédié aux rames du RER E, a été inauguré ce vendredi 6 novembre, à moins de quatre mois de l’arrivée de la ligne dans les Yvelines. Ce site de 17 000 m², à cheval sur Mantes-la-Jolie, Mantes-la-Ville et Buchelay, entretiendra un tiers des trains de la ligne et emploiera 230 personnes à terme.

Les rames du RER E Nouvelle Génération effectuent des trajets de test jusqu'à Mantes-la-Jolie depuis plusieurs mois déjà.

Le soir, une fois les derniers voyageurs du RER E descendus en gare de Mantes-la-Jolie, la rame ne s’en ira pas dormir n’importe où. À partir du 28 février prochain, c’est ici, à quelques centaines de mètres du terminus, que les trains viendront se refaire une santé. « Les rames arrivent au technicentre une fois qu’elles ont terminé leur service commercial, explique Andrea Pischedda, directeur de projet adjoint d’EOLE. En fonction du type d’entretien dont elles doivent bénéficier, elles vont être aiguillées vers les équipements de l’atelier qui leur sont dédiés ».

 

Ce vendredi 6 novembre, élus et dirigeants de la SNCF se pressaient pour inaugurer ce que la directrice du projet EOLE, Aurélie Faitot, qualifie de « pièce maîtresse » de la future ligne. « La dernière grande étape technique avant l’arrivée du RER E à Mantes-la-Jolie », abonde Matthieu Chabanel, PDG de SNCF Réseau.

 

Un garage taillé sur mesure

 

Sur les 130 rames RER NG (Nouvelle génération) qui circuleront sur la ligne E, 40 seront entretenues à Mantes-la-Jolie, soit environ un tiers du parc. C’est le plus important des quatre sites de maintenance de la ligne, et le seul entièrement dédié à ce nouveau matériel. « Tout est dimensionné pour ce matériel », insiste Aurélie Faitot. L’atelier compte six voies : quatre courtes et deux longues de 240 mètres, « qui permettent les entrées et sorties des trains de manière fluide ».

 

La première pierre a été posée le 15 juin 2023. Trois ans plus tard, le site de 3,2 hectares est prêt. (Crédit : EOLE)

 

Ces voies sont aménagées au-dessus de fosses, avec des passerelles pour accéder au toit des rames. Les techniciens peuvent ainsi travailler à la fois sous le train, à hauteur du plancher et en toiture. « On a concentré beaucoup d’outillages au même endroit pour permettre des interventions en simultané, en partie basse et en partie haute, sans avoir à déplacer la rame d’une voie à une autre, détaille Andrea Pischedda. Ça va dans le sens de minimiser le temps d’indisponibilité des rames pour les voyageurs. »

 

Côté outillage lourd, l’atelier dispose d’un tour en fosse, qui permet de reprofiler les roues sans les démonter, d’un vérin capable de soulever un train pour en retirer les bogies (les châssis qui portent les roues), et d’une machine à laver dans laquelle les rames passent comme dans un portique de lavage. Un poste d’aiguillage propre au site gère les entrées et sorties des trains.

 

L’atelier tournera jour et nuit, en trois-huit. Il profitera aussi des heures creuses de la journée « Lorsque les rames ne sont pas nécessaires à la circulation commerciale, entre deux pointes, elles passent pour des entretiens légers et rapides », précise Andrea Pischedda. Un enjeu majeur pour une ligne très attendue sur sa fiabilité. « La qualité de la maintenance est évidemment clé dans nos métiers, souligne Alain Ribat, directeur de SNCF Transilien. Ça nous permet d’avoir des trains sûrs, confortables et accueillants. »

 

230 emplois dans le Mantois

 

L’atelier n’est pas qu’un outil technique, c’est aussi un employeur local. Ce qui revêt une importance toute particulière, ici, dans le Mantois. Quelque 150 agents y travaillent déjà, et ils seront 230 d’ici 2029. Pendant le chantier, 53 700 heures d’insertion ont été réalisées et 112 personnes ont été recrutées, dont 90 % résident dans les Yvelines.

 

L’atelier compte six voies : quatre courtes et deux longues de 240 mètres.

 

De quoi réjouir les maires des trois communes qui accueillent le site. « Cet atelier permet une réindustrialisation d’un territoire qui souffre quand même de pas mal d’entreprises qui le quittent, se félicite Adama Gaye, maire de Mantes-la-Jolie. Ça permet aussi à la population du Mantois de s’intéresser aux métiers du ferroviaire. » Son homologue de Mantes-la-Ville, Sami Damergy, a rappelé l’histoire « séculaire » qui lie sa commune au train, quant au maire de Buchelay, Stéphane Tremblay, il y voit « une chance pour l’emploi », et, glisse-t-il avec un brin d’ironie, « une chance pour les Parisiens, qui vont pouvoir venir consommer dans nos zones commerciales ».

 

Trois ans de chantier, 209 millions d’euros

 

La première pierre a été posée le 15 juin 2023. Trois ans plus tard, le site de 3,2 hectares est prêt. Il a été raccordé au réseau ferré national en juillet, et la première rame RER NG y est entrée le 15 juillet pour une phase d’essais et de formation des équipes. L’atelier a coûté 209 millions d’euros, financés par les huit partenaires du projet EOLE, dont l’État, la Région, le Département des Yvelines et Île-de-France Mobilités, qui a payé seule les 130 nouvelles rames. Il intègre des panneaux photovoltaïques, un système de récupération des eaux de pluie et une toiture conçue pour laisser entrer la lumière naturelle.

 

Le 28 février 2027, le RER E desservira les dix gares entre Nanterre-La Folie et Mantes-la-Jolie, avec des liaisons directes vers La Défense, Haussmann-Saint-Lazare ou Magenta. Mais les voyageurs devront s’armer d’un peu de patience avant de profiter pleinement de la ligne. Au démarrage, seuls trois trains par heure circuleront aux heures de pointe. Il faudra attendre fin 2029, soit trois ans, pour atteindre le rythme de croisière de six trains par heure. En cause, la mise au point de Nexteo, le système de pilotage automatique qui doit permettre de faire circuler davantage de trains dans le tunnel parisien. Un logiciel qui a longtemps eu « tout d’un cauchemar », s’amuse Patrick Stefanini, conseiller régional et administrateur d’Île-de-France Mobilités.

 

Élus et dirigeants de la SNCF ont pris la parole lors de la cérémonie officielle.

 

« Ce n’est pas un achèvement, c’est un commencement »

 

S’il y en a un qui a savouré ce moment, c’est bien Pierre Bédier. « Le mot qui me vient spontanément à l’esprit, c’est “enfin” », a lancé le président du Département, pour qui EOLE a commencé en 1992, lors de l’adoption du schéma directeur régional. De quoi le faire plaisanter sur la durée idéale d’un mandat. « 40 ans, puisque c’est à peu près ce qu’il faut pour porter de grands projets. »

 

Plus sérieusement, il voit dans le RER E un nouveau départ pour un territoire « dans une crise économique, sociale, identitaire depuis des décennies ». « Lorsque la ligne sera inaugurée, tout ne va pas être réglé comme par miracle, prévient-il. Ici, ce n’est pas un achèvement, c’est un commencement. » Et le président a déjà d’autres projets en tête, comme le prolongement de la ligne 18. « J’ai passé 40 ans, à peu près, à accompagner ce projet. Il me reste donc une quarantaine d’années pour en porter d’autres. »

Partager cet article