Il est un peu plus de 8 heures ce jeudi matin devant le lycée Saint-Exupéry, à Mantes-la-Jolie. Les grilles sont fermées. De la musique résonne tandis que plusieurs élèves déguisés, certains en Dark Vador, en dinosaure, ou en superhéros de fortune, assurent l'ambiance qui se veut presque festive, bon enfant. Ce qui trancherait presque avec les raisons, bien sérieuses, elles, de ce rassemblement de plusieurs centaines de jeunes mantais devant les grilles de l'établissement.
8 heures de cours sans pause
Pour la deuxième fois en trois jours, comme dans de nombreux lycées partout dans l'Hexagone, les élèves de Saint-Exupéry tenaient à se faire entendre quant aux « nombreuses difficultés » rencontrées pas seulement depuis le début de l'année scolaire, mais depuis de nombreux mois.
Une élève de terminale, pancarte à la main, énumère sans hésiter. « On n'a toujours pas de cours de philo alors qu'on a le BAC en fin d'année. En espagnol, il n'y a toujours pas de remplaçant. Et en maths, pareil ». Ce n'est pas nouveau, précise-t-elle. « Certaines années, on fait plusieurs mois sans prof sur des matières qu'on peut avoir au BAC ».
Lundi dernier, les emplois du temps ont été entièrement refaits un mois après la rentrée pour faire rentrer les heures légalement dues. Mais les cases restaient vides, faute d'enseignants. Tandis que d'autres affichaient des cours de 8h40 à 16h40, sans la moindre minute de pause dans la journée. « Les profs sont conciliants, certains nous assurent qu'on ne sera pas pénalisés si on arrive en retard ou qu'on sèche, mais ce n'est pas normal », déplore une lycéenne.
Des locaux dégradés
Les effectifs posent aussi problème. « On est parfois plus de 35 par classe », lâche un autre élève. « Et dans certaines spécialités, il y a des groupes à plus de 30 alors qu'à côté, d'autres sont à 7. C'est pas cohérent ».
Ce qui met le feu aux poudres, c'est l'impression que l'argent est mal dépensé, et que personne ne les écoute vraiment. « Des fois, on arrive en classe, la table est décalée parce qu'il y a de l'eau qui tombe du plafond, raconte une autre élève. Et eux, ils investissent des milliers d'euros dans des projets inutiles ».

Deux exemples reviennent souvent dans la conversation : des serrures à fermeture automatique au coup de sonnerie, pour empêcher les retardataires d'entrer, et, plus symbolique encore, une plage de sable. Une vraie plage, installée dans l'enceinte du lycée comme espace de détente. « Le directeur nous a fait une conférence dessus, dit un élève, l'air incrédule. Il a bien insisté sur la plage. Alors qu'il y a des trous dans le plafond depuis des années et que la cantine avait des problèmes d'hygiène l'année dernière ».
Les professeurs semblent partager cette frustration. Plusieurs enseignants sont venus soutenir le blocus ce matin. « Ils ont les mêmes indignations envers l'administration, confirme un élève. Il y en a qui commencent à 8h et qui ont un trou jusqu'à 17h. C'est absurde ».
« On veut être écoutés, pas juste entendus »
Adam, vice-président du Conseil de la Vie Lycéenne et représentant des élèves au conseil d'administration et au conseil de discipline, incarne le versant plus structuré du mouvement. Comme les autres élèves réellement impliqués, il condamne clairement les tirs de mortiers qui émaillent les manifestations, qui les « décrédibilisent », mais il explique aussi pourquoi la colère a fini par déborder. « On avait dit aux gens de rester calmes. Mais on a finalement été pris pour des enfants qui voulaient s'amuser ».
Dans la semaine, les lycéens ont profité d'une visite du maire de Mantes-la-Jolie, Adama Gaye, pour lui faire part de leurs revendications. « Il était à l'écoute, il veut organiser une réunion avec l'Éducation nationale », assure une élève. Mais ils ne veulent pas d'une réunion de façade. « On veut être réellement écoutés, pas juste entendus. On veut des solutions concrètes, pas des réponses pour calmer la situation ».
Un blocus local dans un mouvement national
Saint-Exupéry n'est pas isolé. Depuis le 21 septembre, un mouvement lycéen se propage dans toute la France, parti d'un établissement du même nom à Créteil. Le lundi 29 septembre, quelque 180 lycées étaient bloqués sur le territoire national. En tout cas, devant les grilles du lycée Saint-Exupéry, certains l'assurent : « si on s'arrête maintenant, rien ne changera. On va continuer jusqu'à ce qu'on ait des preuves que des choses vont changer. On veut des actes ». Le message est passé.

