« L’ARS est foutue, les soignants sont dans la rue ». Il est 19 h 15, sur la place de la mairie des Mureaux, et les flambeaux viennent de s’allumer. Plusieurs centaines de personnes se mettent en marche vers l’hôpital, en entonnant ce slogan, repris à pleine voix : pour la troisième fois en quelques semaines, habitants, élus et personnels de l’hôpital de Meulan-Les Mureaux ont battu le pavé pour dénoncer les fermetures de services préconisées par un audit commandé par l’ARS à des cabinets privés, mettant en danger la maternité, la réanimation et la chirurgie.
« Fermer, c’est se tirer une balle dans le pied »
Le maire Damien Vignier, qui a passé une tête entre deux rendez-vous pour apporter son soutien, parle de l’hôpital comme on parle de chez soi. « J’y ai travaillé 18 ans, j’ai encore beaucoup de collègues sur cet hôpital, rappelle celui qui est d’ailleurs vice-président du conseil de surveillance de l’établissement. Je sais que c’est un hôpital de qualité et on se doit de le défendre coûte que coûte ».
Il est en contact avec l’ARS, mais il admet que « les propositions qu’ils nous font ne nous plaisent pas ». Et le calendrier lui fait peur. « On est à 6 mois des élections présidentielles. On ne sait pas qui sera le futur président. On ne sait pas si la santé ou l’éducation sera une priorité, souffle-t-il. Aujourd’hui, fermer, c’est se tirer une balle dans le pied. On ne reviendra jamais sur une fermeture ».
« Un plan insidieux, un plan vicieux »
Ce que « fermer » veut dire, ceux qui y travaillent encore le racontent mieux que personne. Albert, médecin-chef en réanimation, dénonce ce qu’il appelle « un plan insidieux, un plan vicieux ». « La réanimation est en sursis jusqu’en 2028. Nous ne sommes pas dupes », lâche-t-il au micro. Sans maternité, sans anatomopathologie, sans stérilisation, « on peut dire au revoir à la chirurgie en urgence de la nuit, à la chirurgie conventionnelle, à la médecine, aux urgences, à la réanimation […] Nous ne céderons pas. Nous continuerons à nous battre pour un hôpital de proximité ».
La cheffe de service en médecine, le docteur Peschard, a assisté à des réunions avec la direction et le cabinet d’audit, et n’y a vu que « des projets très bureaucratiques ». « Nous, on n’est pas là pour faire des chiffres, on a un projet médical pour les patients, lance-t-elle. J’en ai vu passer beaucoup, des directeurs avec des projets bureaucratiques qui, à la fin, se terminaient toujours par : on ferme des lits, on supprime du personnel. Tous les directeurs qui ont fait ça n’ont jamais réussi ».

Réponse dans les prochains jours ?
Reste la question de celles qui poussent la porte de l’hôpital. Un gynécologue pense à ses patientes, une population « souvent précaire, qui n’a pas de voiture », et qui vient à pied ou en bus. « Comment vont-elles faire quand elles arriveront dans un hôpital où on leur dira qu’on ne pourra pas les accoucher ? », s’indigne-t-il.
Dans la foule, les élus sont venus nombreux : des députés LFI, dont Murielle Lepvraud, venue de Guingamp, où elle a connu la même situation dans sa circonscription, et des élus des communes voisines. La sénatrice écologiste des Yvelines, Ghislaine Senée, est là « en soutien », elle qui a « accouché à Meulan ». Alma Dufour, députée LFI elle aussi, ne mâche pas ses mots. « Une maternité qui ferme, c’est des bébés qui vont mourir. Qu’on se le dise, c’est des femmes qui vont risquer leur vie ».
Sur la place, alors que les derniers discours s’achèvent, le cortège quitte la mairie avec un nouveau slogan qui s’élève : « des sous pour l’hôpital et pas pour les Rafales ». L’ARS, elle, doit se prononcer ce mois-ci.

