« Des millions pour les Rafales, et rien pour l’hôpital ! » Entre les blouses, les gilets syndicaux et les pancartes artisanales, plusieurs dizaines de soignants, d'agents et d'habitants se sont rassemblés ce mardi après-midi pour dire non à ce qu'ils appellent déjà « le démantèlement » du Centre Hospitalier Intercommunal Meulan-Les Mureaux (CHIMM).
Dans quelques semaines, en octobre, l'Agence régionale de santé (ARS) doit en effet rendre les conclusions définitives d'un audit confié aux cabinets Capgemini et Vi-Santé. Trois services seraient dans le viseur : la maternité, la réanimation et la chirurgie.
« Ce n'est plus une rumeur »
Le ton est donné dès les premières prises de parole. Un responsable syndical CGT a rappelé qu'une note interne de la direction avait tenté de calmer les esprits en évoquant de simples rumeurs… avant que le directeur de l'ARS Île-de-France ne vienne lui-même, lors d'un conseil de surveillance début juin, confirmer que les cabinets d'audit préconisaient bien la fermeture de la maternité, et une réorganisation à plus long terme du plateau technique, chirurgie et réanimation comprises.
Pour la CGT, l'argument financier ne tient pas. « Aucune réanimation n'est rentable en France », martèle David, infirmier au CHIMM et Secrétaire général de la CGT-CHIMM et de l’Union départementale santé des Yvelines. « Nous sommes soumis à la tarification à l'acte, qui est une tarification sous-dotée. Je rappelle que nous sommes un service public. La logique financière ne doit pas prendre le pas sur la logique sociale et de santé ».
Un scénario qui rappelle Trappes
Plusieurs intervenants ont établi un parallèle direct avec la maternité de l'hôpital de Trappes, dont la fermeture avait déjà mobilisé au niveau national. La même logique semble à l'œuvre : une maternité jugée trop petite avec ses 700 à 900 naissances annuelles au CHIMM, quand le seuil informel évoqué par l'ARS tourne autour de 1 000. Les intervenants dénoncent le renvoi mécanique des patientes vers des maternités déjà saturées. Poissy ou Mantes-la-Jolie sont citées, à quinze ou vingt kilomètres, sans qu'aucune étude officielle n'ait mesuré l'impact sur les temps d'accès aux soins d'urgence.
Le sentiment, largement partagé dans la salle, est celui d'une géographie sociale de la santé à deux vitesses : les quartiers populaires et les zones périurbaines denses écoperaient des fermetures, quand les établissements plus centraux seraient épargnés. « On ne va pas fermer l'hôpital à Versailles », a-t-on lancé ironiquement au micro, provocation assumée pour souligner ce sentiment d'inégalité territoriale.
Une intersyndicale en construction
Sur le plan stratégique, la mobilisation ne se limite pas à la CGT. Le syndicat annonce avoir déjà obtenu l'accord de SUD et de la CFDT pour rejoindre une intersyndicale, les discussions se poursuivant avec Force Ouvrière : le mot d'ordre est à l'unité.
Le calendrier de la mobilisation s'annonce dense. Après le rassemblement de ce mardi, une manifestation est prévue le 24 septembre prochain à 10h, entre l'hôpital de Meulan et la mairie des Mureaux, en jonction avec un mouvement des agents territoriaux. Une marche aux flambeaux est ensuite annoncée pour le 13 octobre, entre la mairie et l'hôpital. Juste avant, ou pendant, la période où l'ARS doit rendre ses conclusions. La CGT évoque même, si la situation l'exigeait, la possibilité d'occuper l'hôpital pendant les fêtes de fin d'année, sur le modèle de mobilisations menées en zone rurale, en Creuse ou dans le Gers.
En tout cas, il y a bien un consensus sur une chose : la décision, cette fois, ne se prendra pas sans bruit. « Je suis prêt à poser ma tente devant l'hôpital », a lancé un responsable syndical, sous les vivats de plusieurs dizaines de personnes.

