« Excusez-nous, on est un peu en retard parce qu’on discutait avec des lycéens, et c’est bon signe parce qu’en général quand la discussion se prolonge, elle se prolonge positivement ». Particulièrement attendu alors que le mouvement de protestation des lycéens prend de plus en plus d’ampleur, le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray a choisi le lycée technologique de Villaroy, à Guyancourt, pour rencontrer des élèves en colère ce lundi 5 octobre. Un choix qui n'est pas anodin : les Yvelines sont l'un des départements les plus touchés par le mouvement de blocus lycéen qui secoue la France depuis le 21 septembre.
Partis du lycée Saint-Exupéry de Créteil, les blocus se sont propagés comme une traînée de poudre. Le 1er octobre, plus de 1000 établissements étaient perturbés à l'échelle nationale, tandis que dans les Yvelines, les incidents se sont multipliés, que cela soit à Limay, Porcheville, Trappes, Sartrouville, ou même Saint-Germain-en-Laye. Bien que la majeure partie des rassemblements se soient passés dans un calme relatif, comme au lycée Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie.
Ce que les lycéens lui ont dit
De sa rencontre avec le groupe de lycéens yvelinois, le ministre dit avoir tiré trois enseignements. D’abord, que les revendications sont « diffuses » : pas une seule cause, mais « une envie de mieux d'école ». Remplacement des professeurs absents, rythmes scolaires trop lourds, état des bâtiments : autant de sujets qui reviennent, partout, avec des déclinaisons très locales. « Les lycéens ont des diagnostics très précis, très propres à chaque établissement », observe-t-il.
Beaucoup de lycéens rencontrés à Villaroy se disent solidaires du mouvement national, mais reconnaissent que chez eux, « c'est pas tout à fait ça ». Ils ont même employé le mot d'« hyperbolisation » de certaines revendications, selon le ministre, qui insiste également sur le fait que ces mêmes lycéens se diraient « effarés » par les violences. Mortiers, jets de projectiles, individus cagoulés venus de l'extérieur… « Des voyous qui essayent de confisquer le mouvement lycéen », a tranché le ministre.
Une plateforme pour faire remonter les problèmes
Sur le fond, Edouard Geffray a annoncé que le Premier ministre avait confié au gouvernement cinq chantiers : le remplacement des professeurs absents, l’allègement des journées trop chargées, la réhabilitation du bâti, la mise en place d’une démocratie scolaire, et la reprise progressive des cours, à court terme. Des réunions techniques avec les régions sont prévues dans les prochaines heures avec les présidents de conseils régionaux.
Le ministre a également annoncé la mise en ligne, dans la soirée, d'une plateforme numérique permettant à chaque lycéen de France de faire remonter ses difficultés. « La démocratie, ce n'est pas le mortier derrière la cagoule. C'est exactement l'inverse : c’est la transparence et le dialogue », a-t-il insisté. Les contributions seront accessibles en open data, analysées, et croisées avec les temps d'échange prévus cette semaine dans les établissements : entre mercredi et jeudi, chaque lycée organisera un temps de parole, d'abord avec le personnel, puis avec les élèves.
L’objectif affiché étant qu’au 16 octobre, « la totalité des situations problématiques aient été résolues ». Un calendrier ambitieux, qu'Édouard Geffray a promis de rendre public avec modestie : « j'ai une seule habitude : ne jamais mentir et faire ce que je dis ». Nul doute qu’il sera attendu au tournant.

