Yvelines : élections internes chez LR, les clans Bédier et Pécresse à couteaux tirés

L’élection interne de la fédération LR des Yvelines aurait-elle réveillé l’inimitié légendaire que se portent Valérie Pécresse et Pierre Bédier, deux poids lourds de la politique yvelinoise ? Le scrutin est prévu en octobre pour décider d’un nouveau président, nécessaire depuis que l’ex-député David Douillet est aux abonnés absents, mais la campagne bat déjà bon train.

En mars, le président du conseil départemental Pierre Bédier déclare à la presse sa ferme intention de reprendre la tête de la fédération. Dans la foulée, il commence un tour des circonscription, entouré d’élus le soutenant, pour des réunions militantes où son retour comme patron de fédération paraît déjà quasi-avalisé.

La mécanique se grippe le 30 mars, avec une tribune de militants, responsables et élus LR, dont les premiers signataires sont trois proches de la présidente du conseil régional Valérie Pécresse : le maire de Vélizy-Villacoublay Pascal Thévenot, le président du groupe LR à la Région Othman Nasrou, ainsi qu’Alexandra Dublanche, adjointe à Sartrouville et vice-présidente au conseil régional.

Citant en exemple la démarche de Valérie Pécresse, ils y appellent à « un renouveau de la politique yvelinoise » :

Une fédération n’est pas l’addition de fiefs politiques, administrés par un baron. C’est une école de la politique, un lieu de vie, de réflexion. On a besoin d’un Président qui agit, qui rénove, qui innove. Sans guerre de chapelle, entouré d’une équipe forte et non de circonstance. Il garantira un mouvement ouvert et assurera un pluralisme respectueux de l’expression de chacun.

Les militants ne doivent plus jamais être considérés comme des « intermittents de la politique », appelés pour coller à chaque échéance électorale et délaissés le lendemain. Pas plus nous ne devons accepter des candidatures pour assurer une représentativité de façade. Une candidature doit être liée à des compétences, expériences et non à une contingence électoraliste.

Les Yvelines sont un vivier à talents et nous le démontrerons. Loin de la logique des faiseurs de rois qui reproduisent, décrètent ou parachutent des candidatures, nous souhaitons que les prochaines investitures soient faites à l’issue d’un vote de tous les adhérents là où plusieurs candidatures pourraient se faire jour.

Il faut démocratiser le fonctionnement interne à notre organisation politique, être exemplaire, fixer des règles et les respecter. Avec éthique, transparence, le futur président de la fédération incarnera et préparera une nouvelle génération politique, issue de la société civile, comprenant de nouveaux adhérents comme des militants confirmés.

Donc non, il n’y a aucune candidature naturelle, qui s’impose avec fatalisme. Nous croyons à la nécessité d’un renouvellement en profondeur des Républicains pour reconquérir les territoires, pour mailler notre département, le ressentir et le faire vivre.

 

Le jour même est déclenchée une contre-offensive, avec un communiqué de soutien à Pierre Bédier. Il est signé de dizaines d’élus du centre-droit et de la droite yvelinoise, adhérents LR ou ex-adhérents LR (comme les maires de Poissy et de Conflans-Sainte-Honorine, Karl Olive et Laurent Brosse, Ndlr). Ils y défendent son bilan et assurent croire en lui « pour construire une droite et un centre plus forts » :

A la veille du renouvellement des instances départementales LR, nous soutenons son appel à constituer une présidence collégiale en accord avec Valérie Pécresse et Gérard Larcher afin d’associer toutes les sensibilités à la gouvernance de notre mouvement.

Pierre Bédier n’est candidat à rien d’autre que de servir, en vieux grognard, la fédération, Les Républicains. Sa seule ambition est de faire émerger une nouvelle génération et de la préparer pour les prochaines échéances, comme il a su le faire à Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines et au sein du conseil départemental.

Son bilan plaide pour lui : la seule circonscription des Yvelines gagnée par les LR, la sienne ; le grand chelem lors des dernières élections départementales ; une attention particulière portée aux jeunes élus pour faire éclore une nouvelle génération.

Pierre Bédier a aussi fait beaucoup pour les Yvelines. Président du conseil départemental, il a su travailler au profit de tous les territoires, des villes et des villages. Président de la fédération, il saura maintenir l’unité de notre famille.

Pierre Bédier est un homme d’expérience, animé de fortes convictions, un « combattant » qui ne craint pas d’aller sur les terrains les plus difficiles pour emporter l’adhésion de nos concitoyens. C’est aussi un homme de fidélité qui a toujours su faire émerger de nouveaux talents. 2017 n’a pas été la meilleure des années pour notre famille politique.

Mais les échecs ne doivent pas nous décourager. Aujourd’hui, la priorité est de ne pas tomber dans le piège de la division. Aujourd’hui, la reconstruction de la fédération des Yvelines est un enjeu majeur qui dépasse les ambitions personnelles. Trop de divisions ont profondément affaibli la droite. Nous ne l’accepterons plus.

 

Le 3 avril, Pascal Thévenot (LR) et le maire de Versailles François de Mazières (DVD) dénoncent leur mise à l’écart de subventions du conseil départemental des Yvelines. Si Le Parisien précise que François de Mazières « ne veut pas s’enfermer dans cette dissension au sein d’un parti auquel il a seulement été apparenté entre 2012 et 2017 », le conseil départemental y voit bien un rapport dans sa réponse à 78 Actu :

Pour le Département, tout ce bruit arrive pour une seule et unique raison : « Ces déclarations interviennent au moment où s’ouvre la campagne pour la présidence du parti Les Républicains dans les Yvelines. » Une chose est sûre, la campagne s’annonce déjà musclée.

 

Le 9 avril, la Sartrouvilloise Alexandra Dublanche déclare officiellement sa candidature, soutenue par Othman Nasrou, à la présidence des LR des Yvelines dans la presse. Dans Le Parisien, elle précise que « nous ne sommes pas instrumentalisés par Valérie Pécresse ». Assurant avoir « du respect pour nos mentors », elle estime cependant qu’il « est temps de passer à autre chose » :

Âgée de 35 ans, l’élue a adhéré à l’UMP en 2000. Elle a rejoint la liste de Pierre Fond (LR) le maire de Sartrouville en 2014 qui lui a confié la fonction d’adjointe chargée de la politique de la ville. « Je suis jeune mais pas novice, j’ai déjà mené des batailles politiques au niveau local mais aussi régional et national », souligne-t-elle en rappelant qu’elle s’est impliquée aux côtés de François Fillon lors de la primaire des Républicains pour la présidentielle.

Face à la fronde, la garde rapprochée de Pierre Bédier riposte : « Nous voyons bien que les militants de Sens Commun, le mouvement issu de la Manif pour Tous, s’organisent, estime un proche du président du conseil départemental. C’était silence radio pendant des mois et dès que Pierre Bédier se déclare, ses détracteurs sortent du bois. »

 

Deux jours après l’officialisation de la candidature de son adversaire, Pierre Bédier mène une réunion militante organisée à Trappes. Il n’a « pas eu un mot concernant la tribune signée par 130 élus frondeurs », ni pour Alexandra Dublanche « qui a été choisie par ses détracteurs pour l’affronter », rapporte Le Parisien :

« La reconstruction ne sera pas l’acte d’un seul homme mais l’objectif est de constituer un collectif avec des jeunes et des personnes expérimentées, a martelé Pierre Bédier. L’expérience ne nuit pas pour préparer la relève. Je veux transmettre, j’appelle au cessez-le-feu et à la raison, je suis ouvert au partage ».

 

Lundi 16 avril, l’appel au calme semblait cependant plus lointain. Manifestement échauffé par la mention, selon les articles de presse, de 130 ou de 150 élus signataires de la tribune appelant au « renouveau de la politique yvelinoise », un « comité de soutien à Pierre Bédier » nommé « rassemblons pour les Yvelines » a envoyé un communiqué de presse en forme de droit de réponse :

« Les deux mamelles du journalisme moderne sont l’information et le démenti », disait plaisamment Pierre Lazareff, l’ancien patron de France-Soir. Qu’il nous soit donc permis de démentir une « information » qui, bien que répétée par la presse à satiété, ne constitue pas une vérité : la tribune intitulée « Pour un renouveau de la politique yvelinoise » n’a jamais réuni les signatures de « 150 élus ».

Il suffit de consulter Facebook et la page officielle de cet appel pour les dénombrer : 46 élus (7 conseillers régionaux, 2 maires, 10 adjoints au maire et 27 conseillers municipaux) sur 91 signataires. On est donc bien loin du compte (du conte ?).

Candidat à la présidence de la Fédération des Yvelines, Pierre Bédier, en revanche, a déjà reçu le soutien de plus de 50 grands élus du Département : tous les parlementaires de droite des Yvelines (3 sénateurs, 1 député) ; 34 maires dont Pierre Fond (Sartrouville), Arnaud Péricard (Saint-Germain-en-Laye), Karl Olive (Poissy), Raphaël Cognet (Mantes-la-Jolie) ; 13 conseillers départementaux non maires ; 1 conseiller régional – sans compter les adjoints, ni les conseillers municipaux, ni les simples militants.

Nous sommes trop attachés à la liberté de la presse pour attendre des journalistes qu’ils partagent nos convictions. Nous leur demandons seulement de respecter les faits, au lieu de propager cette fable. Or « les faits sont têtus ». Les journalistes devraient le savoir : c’est Lénine qui l’affirmait.

SOURCE : TR 78CREDIT PHOTO : TR 78

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