Vallée de Seine : bagarre de communiqués de presse autour du prolongement de l’A104

Depuis une dizaine de jours, le monde politique de la boucle de Seine s’agite autour de l’A104, alors que s’est tenue vendredi 24 novembre l’assemblée générale de l’association Copra 184, opposée depuis 26 ans à la prolongation de l’A104, théoriquement prévue pour achever la Francilienne. A coup de communiqués de presse, des maires comme l’association se sont interpellés.

Le 23 novembre, c’est le maire de Conflans-Sainte-Honorine, Laurent Brosse (LR), qui lançait les hostilités par une conférence de presse doublée d’un communiqué salé demandant au gouvernement le retrait de ce projet et annonçant qu’un voeu en ce sens serait proposé au conseil municipal du 18 décembre :

Les gouvernements successifs ont défendu depuis 50 ans le projet d’autoroute urbaine A104 qui ne pourrait qu’apporter des nuisances sonores, de la pollution de CO2, des poids-lourds supplémentaires et donc détériorer gravement le cadre de vie de Conflans-Sainte-Honorine et des Conflanais.

Le choix du ministre des transports en 2006 de prolonger l’A 104 via le « Tracé vert » fut une erreur. Le rapport « Mobilité 21 » de 2013 reporte ce projet à 2030 mais ne l’abandonne nullement. Ce projet va contre le sens de l’histoire symbolisé par les décisions du Grenelle de l’Environnement et de la COP 21.

L’ouverture de l’autoroute urbaine A 104 serait l’assurance de la création du Port Seine Métropole Est, avec une plate-forme multimodale dans la plaine d’Achères, auquel nous sommes catégoriquement opposés (cf. voeu au conseil municipal du 15 décembre 2014).
Plutôt que dépenser 3,2 milliards d’euros dans cette voie rapide, nous avons demandé à l’Etat de développer les transports collectifs et de prolonger le Tram 13 Express (TGO) d’Achères vers Cergy en passant par Conflans.

A l’issue des Assises de la Mobilité, la Loi d’Orientation des mobilités sera présentée au premier trimestre 2018, par le gouvernement. Nous demandons au gouvernement le retrait immédiat de ce projet autoroutier qui met en péril la qualité de vie des Conflanais et sa suppression pure et simple par cette loi.

 

Le lendemain, c’est son homologue de Poissy, Karl Olive (LR), qui prenait la plume pour rappeler le caractère « indispensable » du prolongement de l’A104 pour sa commune, dépourvue de déviation, où des milliers de nouveaux logements s’érigent ou sont projetés dans les années à venir :

Je ne fais pas de l’A104 un combat dogmatique qui repose sur des postures idéologiques depuis des dizaines d’années. Ca suffit ! Il est temps de faire preuve de pragmatisme et de bon sens. Et de regarder la réalité en face. Celle qui pollue notre quotidien. C’est bien un enjeu qui dépasse largement les frontières de nos villes.

Nos entreprises qui font l’emploi dans nos bassins de vie, comme PSA et ses 3 700 nouveaux salariés pisciacais en 2018 ou d’autres grands groupes yvelinois, ont besoin d’être connectés convenablement entre le nord et le sud de l’Ile-de-France. Idem pour le projet du Port d’Achères qui nécessitera des liaisons fluviales et routières pour relier ces deux extrémités géographiques.

La ville de Poissy est asphyxiée par le trafic. Chaque jour, elle est traversée par 38 000 véhicules en transit. C’est le passage obligé entre le nord et l’ouest de l’Ile-de-France. La bretelle de sortie de l’autoroute A 13, qui permet de rejoindre la D 30 et la N 184 vers Cergy, est saturée. D’importants ralentissements de plusieurs kilomètres s’y produisent aux heures de pointe.

Nos conditions de circulation sont catastrophiques. Je suis un fervent défenseur d’un contournement de notre collectivité. C’est vital pour notre territoire ! Poissy n’a pas vocation à rester une zone de transit à l’augmentation galopante, qui indiffère celles et ceux qui ne vivent pas ici mais qui gangrène le quotidien de nos administrés. Les Pisciacais en ont ras le bol !

D’autant plus que d’ici 2025, la ville comptera 8 000 habitants supplémentaires en raison de la création de plusieurs milliers de logements (une nécessité absolue pour nos jeunes et nos actifs), du quartier de La Coudraie à la Bruyère en passant par Rouget-de-Lisle, le long des voies ferrées. Près de 3 000 logements sont également en cours de construction à Carrières-sous-Poissy.

Si rien n’est fait, la situation sera catastrophique. Le trafic va augmenter d’environ 30% d’ici 2025. Les études le démontrent. Les mises en service du prolongement du RER E et du Tram 13 Express avec son insertion urbaine soutenue et financée par l’Etat, la Région et le Département sont nécessaires et indispensables pour réduire le fléau. Rien que l’insertion urbaine de notre tramway desservira 37 000 usagers par jour !

Comment peut-on être s’opposer à ce mode de transport doux, se cacher derrière des arguments de basse politique pour dénigrer un projet qui permettra avant tout de laisser la voiture au garage et de développer l’usage du vélo en ville. Sans cela, à Poissy en 2025, il faudra compter plus d’une demi-heure de trajet là où il faut 12 minutes aujourd’hui. Cette nouvelle voie indispensable n’est pas le combat d’un élu plus qu’un autre.

C’est une volonté commune pour laquelle nous devons avoir une approche collégiale, avec tous les partenaires. C’est le sens de la démarche que je vais engager dans les prochaines semaines. J’en appelle à des « Etats généraux des déplacements » entre l’Etat, la Région, la métropole du Grand Paris, les départements, les communautés urbaines et la ville de Paris pour tracer notre feuille de route des années à venir ! Nous ne devons pas rester les bras croisés.

 

 
Il a fallu attendre quelques jours de plus avant que le Copra 184 (photo) ne s’exprime officiellement à son tour, à travers un communiqué de presse furibard, s’attaquant très directement à la position du maire de Poissy :

Monsieur Karl Olive est agacé et le montre par des formules agressives telles que : « Je ne fais pas de l’A104 un combat dogmatique qui repose sur des postures idéologiques depuis des dizaines d’années. »

Quel mépris pour les victimes potentielles du dit projet ! Le monde change, l’environnement et la santé publique sont maintenant une préoccupation majeure des pouvoirs publics, mais Monsieur Karl Olive ne veut pas le voir et ne sait pas comment régler l’asphyxie progressive de notre région, asphyxie due à des décisions inadaptées depuis tant d’années. L’A104 représente, pour lui, une solution toute faite !

Ce qui déplaît à Monsieur Karl Olive, c’est que la mobilisation des populations rassemblées derrière le Copra 184 est massive et ininterrompue depuis de nombreuses années. Cette mobilisation bloque sur l’obstination des décideurs à ne pas prendre en considération l’avis de ces populations, ce qui ne peut conduire qu’à une néfaste radicalisation.

Si le Copra 184 est bien conscient des difficultés de circulation à travers Poissy relatives au trafic nord-ouest-sud (vers A13), rendons à César ce qui lui appartient, ou à ses prédécesseurs :

Il y a plus de 30 ans, pour soulager le centre-ville de Poissy, une rocade était envisagée, en utilisant la « route stratégique » située en lisière de la Forêt de Saint-Germain et du Parc des Charmilles, à Poissy, pour relier Conflans-Ste-Honorine et Achères à Chambourcy (A13). Ce projet fut catégoriquement refusé, à l’époque, car il aurait impacté la résidence « Les clefs de la Forêt » (où habitait un élu pisciacais d’importance, Ndlr), alors qu’il aurait été très facile de la protéger totalement par un souterrain.

Mais aujourd’hui, avec le projet A104, c’est plus de 300 000 habitants des villes traversées qui seraient atteints, de plein fouet, dans leur environnement et, beaucoup plus grave, dans leur santé (Les effets de la pollution sur la santé sont régulièrement dénoncés par les experts qualifiés, nationaux et internationaux : OMS, GIEC, CNRS, Airparif…).

Lorsque le site Peugeot a mis en place, sans coup férir, sa politique des flux tendus, pour économiser une grande partie de sa gestion des stocks en usine, il a chargé aussitôt, par des centaines de camions supplémentaires, chaque jour, la RN184 qui n’a pu le supporter et cela a conduit à l’impasse d’aujourd’hui.

Quand la ville de Poissy urbanise à outrance son territoire par des milliers de logements (sans doute nécessaires, mais pourquoi non répartis sur l’ensemble du secteur ?) sur une voirie non calibrée pour cela, il faut avoir une sacrée audace pour constater que cela va dégénérer et qu’il faudra trouver, à postériori, une solution sur le territoire des communes voisines. Cependant, déplacer le problème sur ces communes ne serait pas une solution acceptable.

Ce qui agace Monsieur Karl Olive qui « ne veut pas rester les bras croisés » (pour reprendre son expression), c’est que les habitants concernés, depuis 26 ans maintenant et cela sans interruption, ne sont jamais restés les bras croisés, conduisant 3 premiers Ministres (M. Bérégovoy en 1993, M. Balladur en 1995 et M. JospinN en 1997) à l’annulation du dit projet A104.

De plus, les nombreux arguments recevables du Copra 184 ont conduit la Commission Mobilité 21, dans son rapport de 2013, à reporter le projet A104 à l’échéance 2030 vu le « caractère extrêmement controversé du projet en raison de la présence de milieux sensibles et de son coût élevé ».

Actuellement, l’exaspération de Monsieur Karl Olive augmente car nombre de maires prennent conscience, de plus en plus, du danger d’un tel projet) et s’opposent au passage de l’A104 à travers leurs villes (coût estimé en 2006 à 3,2 milliards d’euros mais coût nettement supérieur en 2017, pour seulement 22 km, sans réelles protections des populations).

C’est le cas de Pierrelaye, d’Herblay, d’Eragny, de Conflans-Sainte-Honorine et d’Orgeval, comme c’était le cas, il y a quelques années, pour les villes épargnées, grâce à la mobilisation conjointe du Copra 184 et des élus, pour les villes de Neuville-sur-Oise, Maurecourt, Andrésy et Chanteloup-les-Vignes.

Par ailleurs, le Copra 184 constate, avec intérêt, que Monsieur Karl Olive développe les transports collectifs dans sa ville. Cela constitue la seule solution à la résolution de la congestion que nous connaissons, car il est démontré maintenant que la multiplication des routes ne fait qu’amplifier le problème, en servant « d’aspirateur à voitures », et que seule, l’augmentation de l’offre de transports collectifs modernes et en sites propres est réaliste et efficace.

D’autre part, le Copra 184 se permet de rappeler que ni le Projet A104 par le tracé vert, ni le pont entre Achères et Carrières-sous-Poissy ne régleront les problèmes actuels de circulation, bien au contraire, puisque toutes les études montrent que dans ces deux cas, le pont de Poissy sera alors encore plus saturé qu’actuellement. Voilà la vérité !

Au prolongement du RER E et du Tram 13 Express (encore mieux, s’il est projeté jusqu’à Cergy), ajoutons donc, dans notre secteur, le transport de fret ferré et fluvial et, de plus, mettons en place un rattrapage conséquent des transports collectifs performants, en sites propres. Nous verrons alors, dans cette zone, qui est la grande perdante des projets de créations de nouvelles lignes liées aux J.O. et au Grand Paris, que la situation s’améliorera de manière très significative.

Cela sera bien plus utile que d’ajouter, à une situation déjà dégradée, 120 000 véhicules par jour – dont 25 % de poids lourds – dans nos villes, car, il faut bien le rappeler, la construction de l’A104 apportera, dans le secteur, un flux supplémentaire de trafic de passage « grande distance » qui n’a rien à faire en pleine agglomération.

Quand la situation semble bloquée, on établit une véritable concertation sincère, honnête, transparente et crédible, avec les victimes potentielles que nous représentons, afin de trouver un nécessaire compromis, toute autre approche ne pouvant conduire qu’à un rapport de force préjudiciable. Monsieur Karl Olive étant « contre le tracé vert A104 », nous attendons ses solutions hors zones urbanisées, et nous sommes prêts à éclairer sa réflexion.

SOURCE : COMMUNIQUÉS DE PRESSECREDIT PHOTO : TR 78 / COPRA 184

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