Les salles de musiques actuelles sont-elles malmenées dans les Yvelines ?

Dans les Yvelines, le rythme du démantèlement des structures de musique actuelles s’accélère. Alors que le CAC George Brassens de Mantes-la-Jolie est déjà condamné, c’est tout un tissu associatif qui se meurt. Etat des lieux d’un phénomène qui, en vérité, est national.

Après le Bilbo à Elancourt dans les années 1990, la Clé des champs à Plaisir dans les années 2000 ou encore plus récemment la Petite entreprise à Marly-le-Roi, c’est au tour du CAC George Brassens de Mantes-la-Jolie de subir les nouvelles orientations politiques en matière de culture. Outre la suppression de la subvention du département (60 000 euros), la ville de Mantes-la-Jolie n’a pas renouvelé à son tour la convention de financement et de gestion du CAC (330 000 euros).

Les raisons avancées ? La création de la Communauté Urbaine Grand Paris Seine et Oise qui aurait poussé la Ville à repenser sa politique culturelle, la nécessité pour la Ville de réaliser des économies, le déficit structurel de l’association depuis 2012, le manque de rayonnement et de lisibilité d’un projet culturel du CAC axé sur les musiques actuelles touchant un segment de public trop limité…

« Il s’agit d’une remise en cause brutale de la gestion de la politique associative, sociale, culturelle et notamment musicale menée depuis 66 ans à Mantes-la-Jolie et sur le Mantois, affirme Claire Guérin, directrice du CAC. Notre colère, notre déception sont immenses. On nous accuse d’un manque de rayonnement et de lisibilité. Ce sont des arguments subjectifs qui nous semblent être davantage des prétextes, plus que de réelles raisons.

Sur le déficit structurel, on réfute totalement. La Mairie nous accuse d’être en déficit depuis 2012, or il faut savoir que le CAC a failli fermer, on a dû reprendre un trou énorme avant de réussir à rattraper le déficit. Cela fait cinq ans qu’il y a une impossibilité de reconstruction avec les représentants de la ville.

On nous reproche de ne pas avoir de projet alors que nous avons présenté un projet culturel fin 2015 à la Mairie. En 2016, la suppression de la subvention du département nous avait déjà paru comme un signal d’alerte comme un possible lâchage des politiques locales. Je suis complètement écœurée de la façon dont on est traité. »

Pour mieux comprendre, rappelons au passage que le Cac, c’est entre autres : 10 salariés, 76 activités, 1000 adhérents, 32 spectacles professionnels par an ou encore près de 200 musiciens qui répètent dans les studios… Pas rien. Pourtant, le centre est clairement condamné. Claire Guérin et les siens devront rendre les clés du 18, rue de Gassicourt au plus tard le 31 décembre 2017. Un lieu que l’association gérait depuis sa construction en 1971.
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« Il y a une volonté délibérée depuis deux ou trois ans d’un certain nombre d’élus du territoire de vouloir mettre à mal le projet artistique du Cac, renchérit Thierry Duval, directeur du Centre de ressources yvelinois pour la musique (CRY, lui-même menacé de fermeture, Ndlr). J’ai beau réfléchir, je ne vois aucune circonstance raisonnable qui permet de justifier le fait qu’ils arrêtent le soutien au CAC. »
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« Nous nous sommes battus pour le spectacle vivant, la scène, le live. Peut-être que les nouvelles générations se satisfont de la musique sur internet. Enfin, il n’y a plus vraiment d’élus sensibles à la dimension culturelle. Tous ces phénomènes conjugués, liés aux baisses de subventions, sont une voie royale pour dégager ceux qui ne font pas partie des plans. »

Un dernier propos lourd de sens, que Thierry Duval entend mettre sur la place publique à l’occasion de la réunion organisée au CAC le 21 septembre. « L’enjeu le plus important de cette réunion est de rectifier des vérités et d’échanger avec la population sur l’après. On va aussi organiser deux concerts hors les murs, dont un à Fontenay-Mauvoisin, ainsi que le week-end de la mort les 13, 14 et 15 octobre au CAC. Une pétition a été lancée sur le site Mes opinions pour dire non à la fermeture. Les musiciens se mobilisent également pour le maintien du studio de répétition », indique Claire Guérin.

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SOURCE : FLORIAN DACHEUX – MEDIAPART LE CLUBCREDIT PHOTO : TR 78