IA et emploi : Safran ouvre son atelier de Magny-les-Hameaux au ministre du Travail

Le lundi 12 octobre, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, a visité l’atelier Safran Aircraft Engines de Magny-les-Hameaux, où l’on remet en état les moteurs d’avions civils. Au programme : des moteurs passés au crible de l’intelligence artificielle, une entreprise qui recrute… et une question qui dépasse largement les murs du site yvelinois.

« Ça me fait plaisir de voir un fleuron français qui est numéro 1 mondial dans beaucoup de secteurs industriels », s'est félicité Jean-Pierre Farandou à l'issue de la visite.

Si vous avez déjà décollé à bord d’un Airbus A320 ou d’un Boeing 737, vous avez voyagé grâce au genre de moteur que l’on bichonne à Magny-les-Hameaux. Lundi, c’est le ministre du Travail en personne, Jean-Pierre Farandou, qui est venu jeter un coup d'œil chez Safran pour voir comment se passe leur maintenance, désormais épaulée par l’intelligence artificielle. « Safran, c’est la France qui va bien, c’est la France qui exporte, c’est la France qui innove », s’est enthousiasmé le ministre à la fin de son tour des ateliers.

 

« L’humain reste au cœur »

 

Dans cet atelier ouvert en 1990, on inspecte les moteurs civils, on leur rend leurs performances et on remplace les pièces arrivées en fin de vie. A l’occasion de la visite ministérielle du jour, les équipes ont présenté ce qu’elles appellent l’« inspection digitale ». Le principe ? L’intelligence artificielle compare une image numérisée du moteur à une situation de référence. Chaque écart qui apparaît peut être le signe d’une opération de maintenance à mener.

 

Le plan « Impulsion IA 2027 » a été lancé le 22 septembre 2026 à Paris par le ministre du Travail.

 

Pour Delphine Berrilloux, directrice des ressources humaines de Safran Aircraft Engines, l’outil apporte d’abord un meilleur confort de travail aux opérateurs, et des données plus nombreuses pour des analyses plus solides. La machine regarde, mais ne tranche pas. « L’humain reste au cœur dans la maîtrise de la décision et dans l’ensemble des opérations », insiste-t-elle.

 

Intégrer l’IA « dans tous les processus »

 

Cette confiance s’appuie sur des chiffres. Le site réalise aujourd’hui 100 opérations de maintenance par an et vise 150 à terme. Le groupe a affiché 17,57 milliards d’euros de chiffre d’affaires ajusté au premier semestre 2026, en hausse de 19 %. D’où un plan de recrutement « assez offensif », lancé en 2026 et prolongé en 2027. Et c’est là que l’IA se glisse une seconde fois dans la visite : Safran embauche beaucoup, parfois des profils éloignés de l’aéronautique, que l’on doit former vite. « On peut par l'IA simuler, accélérer les processus de formation, souligne Jean-Pierre Farandou. Et il y en a besoin ici, puisque Safran recrute énormément de gens qui sont parfois éloignés du secteur de l'aéronautique, et donc il faut les former. On voit très bien que l'IA trouve sa place partout, et c'est pour ça qu'il est très important de l’intégrer dans tous les processus, industriel d'un côté et RH de l'autre ».

 

La visite n’avait rien d’anodin. Trois semaines plus tôt, à Station F, Jean-Pierre Farandou et le ministre de l’Économie Roland Lescure avaient présenté le plan « Impulsion IA 2027 » : douze mesures et 80 millions d’euros de financements nouveaux pour former les actifs, accompagner les entreprises et renforcer le dialogue social.

 

Le ministre ne cache pas les risques. Il évoquait lui-même une possible intensification du travail et des inégalités. Une étude Coface estime qu’un emploi sur six pourrait être automatisable d’ici trois à quatre ans. Mais Delphine Berrilloux se veut rassurante... en tout cas pour les salariés de Safran. « On a la chance d'avoir une belle croissance, on reste dans une dynamique d'emploi qui reste extrêmement forte. L’IA peut être une opportunité, on l'a vu sur des solutions de formation pour être plus efficace, mais toujours dans cet esprit que l'humain reste au cœur ».

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