Lunettes vissées sur le nez, voix plus posée que lors de ces habituels live sur ses réseaux sociaux, Cédric Aoun a voulu assagir son image lorsqu’il s’est présenté au tribunal de Versailles le 4 septembre. En face de lui se trouve une de ses anciennes collaboratrices, Marie (le prénom a été modifié). Il fait sa connaissance en 2019, alors que l’élu se porte candidat aux élections municipales de 2020. Un véritable duo se forme : l’un s’occupe du terrain tandis que l’autre assure la communication. Le plan fonctionne parfaitement puisque Cédric Aoun accède à l’hôtel de ville.
Ils s’engagent alors dans une relation sentimentale à partir de 2021 et se séparent deux ans plus tard fin 2023. Sauf qu’après la rupture, le maire de Triel-sur-Seine aurait abusé de sa fonction pour épier les faits et gestes de son ex entre mars 2024 et juillet 2024, surtout après que celle-ci ait évoqué de révéler à la Préfecture certaines irrégularités au sein de la commune. La présidente de la cour énumère tous les griefs : « Vous vous êtes rendu chez la plaignante contre son gré. Vous l’avez faite suivre par un détective privé. Et vous êtes enfin accusé d’avoir demandé à la police municipale d’intervenir pendant l’un des cours. » Elle ne s’arrête pas là et lit à voix haute des discussions remplies de noms d’oiseaux.
Un détective privé embauché
L’élu s’avance à la barre et cherche d’abord ses mots : « Pardon, je n’ai pas l’habitude d’être devant les micros. » Il regrette des « paroles indignes de sa fonction » et conteste surtout toute accusation de harcèlement. Ses allers et venues près de la maison de maître qui sert de local aux cours de danse de Marie ont toujours une justification : « Je vérifiais la livraison des nouveaux équipements », « je suis maire, je me balade dans la ville pour voir si tout va bien », « une camionnette était mal garée ». « Ah, parce que vous intervenez avec la police municipale pour tous les véhicules en infraction ? » s’étonne la présidente de la cour. Et si à 2h du matin, il était devant le domicile de la plaignante en train de photographier la plaque d’immatriculation de son ancien compagnon, c’est parce que l’édile craignait les agissements de celui-ci.
Reste le cas du détective privé. Le maire sans étiquette tente d’attribuer cette embauche à son ancienne directrice des ressources humaines quand elle aurait vu Marie pratiquer ses cours de danse malgré son arrêt de travail. Sauf que lors de ses auditions avec les policiers du commissariat des Mureaux, l’employée municipale a bien précisé que c’est lui qui en a eu l’idée et qui avait validé le profil. « Il n’y avait pas d’autres stratégies que d’utiliser un détective privé ? Cela fait un peu tonton flingueur alors qu’on dispose d’institutions ou des huissiers pour obtenir des contre-expertises » se demande la procureure de la République. Quant à la plaignante, elle a bien fait attention à rester dans les clous. Les cours ne lui rapportent pas d’argent et son psychiatre confirme le caractère indispensable de la pratique de cette discipline sportive, « son moyen de garder un lien social et d’éviter toute tentative de suicide. »
« Mon client joue son mandat »
Il y a aussi cette histoire de bar qui, du jour au lendemain, voit son activité limitée par des arrêtés et des contrôles, un établissement où Marie avait ses habitudes. « C'est un endroit où il y a de l'alcool et je me dois de veiller à l'ordre public» explique Cédric Aoun. De son côté, l’ancienne collaboratrice du maire reconnaît être allée trop loin dans certains messages mais souhaite surtout tourner définitivement la page de cette « relation toxique ».
Son avocate profite de la fin des plaidoiries pour « illustrer » le harcèlement : « La police municipale qui intervient alors qu’elle ne devrait pas le faire. Et qui en plus est aux ordres du maire. On sent le sentiment de toute-puissance du prévenu. » Robin Binsard et Aurane Reihanian, les défenseurs de l’élu triellois, plaident la relaxe. « Mon client joue son mandat, prévient le premier. Je vois dans tout cela une escalade réciproque de faits désagréables, de gestes et de messages d’une vulgarité inédite. » La procureure de la République décide de requérir deux ans d’inéligibilité avec sursis assortie d’une peine de prison de quatre mois, de sursis également. Le délibéré est fixé pour le 11 septembre.

