Nous sommes le jeudi 6 août. C’est la canicule, tout le monde se barricade chez soi, fermant volets et fenêtres, pour rester au frais. Mais pas Pierre Méjanès. Ce Mantevillois de 37 ans décide de faire un aller-retour à Arromanches-les-Bains, son village natal, sur un coup de tête. « Il avait acheté son vélo le lundi, et le jeudi, il partait sur la route » se souvient Isabelle, sa maman. Trois jours plus tard, il est de retour et, visiblement, les 560 km ne l’ont pas rassasié : le revoilà sur sa monture en cette matinée du 26 octobre, prêt à pédaler jusqu’à Marseille.
Ce nouveau défi d’environ mille kilomètres, il le relève pour une cause juste : le handicap. « Je considère que c'est un sujet qui n'est pas forcément mis en avant » explique-t-il. Cette thématique lui tient à cœur car il est aussi personnellement touché. Tout comme son jumeau Benjamin, Pierre est handicapé depuis sa naissance. Nés grands prématurés, les deux partent directement en couveuse. « Pierre était le plus mal en point, les médecins ne savaient même pas s’il allait survivre » précise sa mère. Au final, c’est lui qui s’en sort le mieux, avec une infirmité motrice cérébrale que les opérations et la kinésithérapie ont su atténuer. « Je boîte du côté droit, mais pour la vie de tous les jours, je ne suis pas gêné » assure-t-il.
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Une aventure familiale
En revanche, pour son frère, c’est plus compliqué. Bloqué dans un fauteuil électrique, « Benji » poursuit sa scolarité dans un institut spécialisé, tandis que Pierre reste dans un cursus normal. « C’était parfois un peu difficile pour lui à cause de la différence » relève Isabelle. Qu’importe ces difficultés, ils forment une équipe soudée avec Matthieu, le dernier de la fratrie. Leur maman a aussi décidé de s’investir dans cette aventure du Mantes-Marseille à vélo : elle s’est occupée de toute la communication. « Au début, j’ai juste repris un article de presse pour annoncer l’événement, et après je me suis pris au jeu en lançant un décompte » glisse-t-elle avec le sourire. Elle a également mis en ligne une cagnotte dans le but de financer un véhicule adapté pour Benjamin.
Sur le parvis de la mairie de Mantes-la-Ville, Pierre dispose de son petit groupe de supporters. « C’est magnifique ce que tu fais » l’interpelle une Mantevilloise. « La prochaine étape, c’est le Tour de France » s’emballe un autre. Du fait d’un séjour au Portugal organisé par la Fondation Mallet, Benjamin n’est pas présent. Mais il a eu le temps de lui envoyer un message de soutien dans une vidéo : « Je te souhaite un bon courage pour lundi. » Pierre estime qu’il pourra terminer son périple en neuf jours grâce à sa préparation. Contrairement à son aventure normande où il était parti la fleur au fusil, le sportif écume depuis un mois une salle de sport située boulevard Roger-Salengro : « Je fais trois à quatre heures de vélo par jour avec un gros travail sur le haut du corps. »

Grand fan de l’Olympique de Marseille, il a mis sa ligne d’arrivée fictive juste en face du stade Vélodrome. Pour le retour, le Mantevillois rentrera sûrement en TGV. « À Arromanches, quand je l’avais fait d’une traite, j’étais perclus de crampes. Je ne dis pas que je n’y ai pas pensé, mais je vais être raisonnable. » dit-il dans un éclat de rire.

