« Je vous souhaite de ne jamais avoir d’ennemi » : Carrières-sous-Poissy et la ville ukrainienne d’Ivankiv scellent leur amitié

Le lundi 26 octobre, la Ville de Carrières-sous-Poissy a signé un accord de coopération avec Ivankiv, une commune ukrainienne voisine de Tchernobyl, occupée par l’armée russe aux premières heures de l’invasion. Échanges de jeunes, aide à la reconstruction, partage d’expériences : le partenariat se veut concret et tourné vers la jeunesse.

Le korovaï ukrainien a scellé l'union entre les deux communes.

Tetiana Svyrydenko fait son entrée dans la salle des mariages de Carrières-sous-Poissy, comble ce lundi soir, les bras chargés d’un grand pain brioché. En Ukraine, on l’appelle le korovaï : un grand pain rond, traditionnellement façonné pour les noces et offert aux hôtes en signe d’hospitalité et de prospérité. Un pain de mariage, dans une salle des mariages, au moment où deux villes s’apprêtent à s’unir : le clin d’œil est tout trouvé. Ce soir, pourtant, c’est elle l’invitée. La maire d’Ivankiv a en effet traversé l’Europe avec une délégation d’élus et quinze jeunes Ukrainiens, pour sceller un accord de coopération avec la commune de Carrières-sous-Poissy.

 

36 jours sous l’occupation

 

Une fois que tout le monde a pris sa place, les lumières se tamisent. Pendant dix minutes, un film fait défiler sur l’écran les ruines d’Ivankiv : des maisons éventrées, des ponts effondrés, une école aux fenêtres soufflées… Située aux portes de la zone d’exclusion de Tchernobyl, la communauté territoriale regroupe 81 localités et près de 30 000 habitants. Le 24 février 2022, elle est envahie dès les premières heures de l’invasion russe. « Nous ne pouvions jamais croire que le pays voisin, avec lequel on avait l’amitié, pouvait envahir notre pays », confie sa maire.

 

La délégation ukrainienne est arrivée en France dimanche dans la soirée.

 

L’occupation dure 36 jours. Pendant ce temps, l’hôpital continue de tourner, parfois sans eau courante, à la lueur des lampes de poche, et 18 bébés y voient le jour. Près de 3 000 bâtiments sont détruits ou endommagés, parmi lesquels le musée d’histoire locale, qui abritait des œuvres de Maria Prymachenko, figure de l’art populaire ukrainien. « Depuis quatre ans, nous avons tout reconstruit », assure Tetiana Svyrydenko. Seul ce musée reste à rebâtir, sur les plans d’un architecte français. Mais la guerre n’a pas quitté Ivankiv. Le 25 septembre dernier, un drone russe a frappé le lycée où étudiaient 1 100 élèves, désormais contraints de suivre leurs cours à distance.

 

La jeunesse au cœur de l’accord

 

Le rapprochement entre les deux villes est né en mai dernier. Eddie Aït, le maire de Carrières-sous-Poissy, participait alors en Ukraine à un sommet international sur le rôle des collectivités dans la reconstruction du pays. « J’ai eu l’occasion de visiter Ivankiv et de rencontrer ses élus. Nous avons eu un échange amical et humain très fort, et nous avons souhaité participer ensemble à un élan de solidarité », raconte-t-il.

 

L’accord signé lundi, sous le haut patronage du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, est conclu « pour une durée indéterminée ». « C’est la preuve que notre engagement n’est pas un coup d’éclat éphémère », insiste l’élu. Les deux communes s’engagent à partager leur expérience de gestion locale, à mettre en relation leurs entrepreneurs, à travailler ensemble sur l’environnement et à mobiliser des soutiens pour la reconstruction d’Ivankiv.

 

Les hymnes ukrainiens, français et européens ont été entonnés en conclusion de la soirée.

 

Mais c’est sur la jeunesse que l’accord met l’accent. Carrières-sous-Poissy accueillera des enfants d’Ivankiv pour des séjours de répit, de loisirs et de découverte. Les quinze jeunes arrivés dimanche en font la première expérience : au programme de leur semaine, une rencontre avec l’ambassadeur d’Ukraine, une visite du Sénat et du musée du Quai Branly, mais aussi une journée au Parc Astérix, jeudi. « Carrières est une ville jeune, Ivankiv est une ville jeune, souligne Eddie Aït. Dès que la paix sera revenue en Ukraine, une délégation de nos jeunes s’y rendra ».

 

« L’ennemi unit la nation »

 

Avant la signature, deux jeunes Ukrainiennes s’avancent pour chanter. La première chanson, grave, pose les questions d’une enfant à sa mère : pourquoi la guerre ? Et quand prendra-t-elle fin ? La seconde, lumineuse, chante une Ukraine florissante, vivante, victorieuse. Tetiana Svyrydenko reprend alors une dernière fois la parole. « Malheureusement, l’ennemi unit la nation. Je souhaite que chacun d’entre vous n’ait jamais d’ennemi. Appréciez votre vie et appréciez les gens qui vous entourent. » Avant de lancer une invitation à la salle. « Quand un jour la guerre sera terminée, j’espère que chacun d’entre vous pourra venir à Ivankiv pour voir de vos propres yeux la beauté de notre ville ».

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