« On est au pied du mur » : 60 postes menacés chez le saxophoniste Selmer

Le plan de sauvegarde de l'emploi annoncé mardi par le fabricant d'instruments à vent frappe à nouveau le Mantois. Le syndicat FO, qui alertait depuis mai 2025, se veut fataliste et tire la sonnette d’alarme quant à une situation jugée plus que préoccupante à l’échelle du Mantois.

La situation du leader mondial de la manufacture de saxophones illustre les difficultés rencontrées par l'industrie yvelinoise. (Archives)

Ses saxophones font vibrer les scènes de jazz du monde entier. Mais pour les salariés de Selmer, le prochain virage pourrait mener à une impasse. Le mardi 6 octobre au matin, la direction a annoncé un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) qui prévoit 60 suppressions de postes sur son site de Mantes-la-Ville. Le lendemain matin, les élus FO la rencontraient à 10 heures… et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’en sont pas sortis rassurés.

 

« C'est la confirmation de ce qu'on pressentait depuis un moment », lâche Brahim Aït Athmane, secrétaire du syndicat FO des Métallurgistes du Val de Seine. Le dialogue a été « constructif », concède-t-il, mais l'inquiétude est partagée des deux côtés de la table. Selon lui, la direction prend ces mesures « dans l'espoir que ce soit la dernière fois ».

 

Trump fait chuter les ventes aux US

 

Les informations transmises aux élus sont, selon FO, « préoccupantes et parfois contradictoires ». La dette fournisseur oscillerait entre 1,7 et 1,9 million d'euros, tandis qu’une dette d'environ 1,2 million envers l'Urssaf, jamais évoquée devant le CSE, aurait surgi. Des difficultés de trésorerie ont été mentionnées le jour même, et le projet de cession immobilière a buté sur un refus de financement bancaire.

 

Le syndicat dénonce également des années de sous-investissement. L'outil de production n'a pas été renouvelé, les anciens sont partis sans transmettre leur savoir-faire, et l'on travaille dans l'urgence depuis dix-huit mois. Sans parler du marché qui n'arrange rien. « Aujourd'hui, les décisions de Trump font qu'ils ont perdu 40 % des ventes aux États-Unis », avance Brahim Aït Athmane. L'euro fort pèse, et en Asie, deuxième marché de Selmer, Yamaha proposerait des articles comparables « quatre fois moins cher ». « Mais c'était prévisible », ajoute-t-il. Faut-il s’attendre au même scénario chez Buffet Crampon, qui sort de l'activité partielle en février 2027 ?

 

« Tout le monde est impuissant »

 

Dans l'atelier de Selmer, en tout cas, on attend. « Tout le monde veut savoir quels sont les critères », résume le syndicaliste. Une réunion lundi doit justement les définir. FO redoute surtout que ce PSE ne soit qu'une étape vers une fermeture du site, voire une délocalisation, et pointe la pression foncière dans le Mantois.

 

Le plus dur, pour lui, est ailleurs. Depuis mai 2025, la Région, le Département, la communauté urbaine GPSEO, des élus locaux et même la préfecture ont été sollicités. « Aujourd'hui, tout le monde est impuissant. C'est ça qui est exaspérant. On nous demande d'anticiper, ça fait plus d'un an qu'on alerte, et on est devant un constat d'échec ».

 

Car le vrai sujet, pour le syndicaliste, dépasse les murs de l'usine. En mai 2025, FO avait déjà prévenu : le Mantois risquait de perdre des emplois, Selmer d'un côté, Safran de l'autre. « Si le territoire avait des emplois à proposer aux salariés mis sur la touche, ce serait un transfert de compétences d'une unité à l'autre. Mais on sait que le Mantois est dans la sinistrose », souffle-t-il.

 

Faut-il battre le pavé ? Le syndicat n'y croit guère. « Même si on met les gens dans la rue, je ne sais pas ce que ça peut changer ». FO préfère négocier avec la direction un accompagnement « supra-légal » : que l'entreprise mette des moyens sur la table, avec les pouvoirs publics, pour que les salariés « ne soient pas dans la misère ».

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