Il y a une certaine fierté pour Myriam Bendaoud-Acchiardo à accéder à la présidence du tribunal de Versailles, elle, la Versaillaise de naissance. Après un véritable tour de France judiciaire et météorologique entre les embruns de Saint-Brieuc, la neige de Chambéry et le soleil d’Alès, la magistrate pose ses valises dans une instance où 60% de son activité réside à traiter des cas de justice civile.
Bien qu’il ressente de la « joie » d’accueillir une personne de la promo 1993 de l’École Nationale de la Magistrature – qui porte le nom de Giovanni Falcone, célèbre juge italien qui s’était attaqué à la mafia - le procureur de la République de Versailles lui a gentiment rappelé les défis auxquels elle devra faire face. En commençant par le cas des greffiers, « un service qu’on tente de maintenir à flot » regrette Jean-David Cavaillé. Il compte 32 personnes sur les 34 espérées en 2027, « et encore, c’est loin des recommandations de la CEPEJ (Commission européenne pour l'efficacité de la justice, Ndlr) ». Conséquence, des centaines de procédures traitées les magistrats du parquet ne se trouvent ni enregistrées ni appliquées, au détriment des victimes et de la qualité de la réponse pénale.

Il a également alerté sur les dangers de l’intelligence artificielle. « Un miracle » clame-t-il ironiquement. Chaque justiciable se croit désormais un juriste chevronné et relègue son avocat au rôle de simple exécutant. Ça, et les plaintes hebdomadaires d’une dizaine de pages ne caractérisant aucun fait et accumulant des références à des législations parfois hors de France ou d’Europe. Le bâtiment aussi en prend pour son grade et pas seulement pour ses coupures de climatisation durant l’été caniculaire. Trop petit, il empêche aussi l’agrandissement des services et donc une meilleure justice sur des thématiques importantes comme les violences intrafamiliales.
Un tribunal devenu trop petit
Myriam Bendaoud-Acchiardo doit également prendre la succession de Bertrand Menay, devenu premier président de la cour d'appel de Lyon. Grand professionnel, il a mis en place de nombreuses réformes comme le minutier électronique, créé par le ministère de la Justice, qui permet le traitement automatisé de données pour dématérialiser, signer et conserver les décisions de justice civiles de manière numérique. Le tribunal de Versailles servait même de cobaye pour ce dispositif. Le haut magistrat n’avait pas non plus oublié son côté humain en organisant un arbre de Noël. Magie de l’instant oblige, le père Noël avait débarqué avec quelques présents.
Les réquisitions du procureur ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd. Myriam Bendaoud-Acchiardo est restée très sensible aux propos du procureur : « Nous sommes animés des mêmes valeurs et nous portons une vision partagée de la Justice. » En attendant une feuille de route plus détaillée – la présidente n’est là que depuis quelques mois - sa première mission sera de redonner confiance en la Justice, en se posant « constamment les questions des attentes de nos concitoyens » et en jouant la carte de la transparence sur les décisions prises. Elle souhaite aussi amener une réflexion globale sur l’accueil des justiciables et des victimes. Mais ces projets ne pourraient être menés sans une réflexion sur des projets immobiliers. « Les locaux du tribunal judiciaire ne sont plus adaptés à notre activité qui s’est considérablement accrue » indique-t-elle. Les objectifs sont donc ambitieux mais face à cet amoncellement de vents contraires, la nouvelle présidente du tribunal de Versailles n’est aucunement impressionnée.

