Il était 7h30, dans l'aube de ce mercredi 16 septembre, quand environ 150 salariés se retrouvent devant la Refactory de Flins. Pas très loin, la direction tient son « observatoire des métiers », une réunion de bilan sur les activités et investissements du site. Un « festival des fake news », selon les représentants syndicaux présents.
« Ils ont décidé de fermer, c'est tout »
Au cœur de la mobilisation : l'abandon du projet de nouvelle installation de cataphorèse. La cataphorèse, c'est le procédé qui permet de protéger les pièces et carrosseries de la corrosion : un équipement « sans lequel aucune activité industrielle sérieuse n'est possible sur un tel site », insiste Ali Kaya, délégué syndical CGT.
Il y a plus d'un an, la direction avait annoncé qu'elle allait investir dans une nouvelle installation, conditionnant cet engagement à la vente de terrains. Puis, plus rien. Ali Kaya, délégué syndical CGT, résume la situation sans détour : « Finalement, pour une histoire de 20 millions d'euros, ils ont renoncé. 20 millions d'euros, ne me dites pas qu'une entreprise comme Renault n'a pas ça ». Sa conclusion est tranchée : « ils ont décidé de fermer, c'est tout. Il n'y a pas à tortiller ».
Ce sentiment d'être « baladé » depuis des années par une direction qui promettrait sans jamais tenir est au cœur de l'exaspération collective. Quand Luca de Meo annonçait la transformation du site en Refactory en 2020, la promesse était ambitieuse : faire de Flins la première usine européenne d'économie circulaire dédiée à la mobilité, avec 3 000 emplois à l'horizon 2030. Six ans plus tard, les syndicats dressent un bilan sévère. L'usine employait 2 500 personnes avec une projection de 500 emplois supplémentaires d'ici 2030 et 150 postes en CDI à pourvoir. Des chiffres qui ne collent plus avec la réalité du terrain décrite par les salariés. « On n'arrive même pas à embaucher les 150 embauches qui avaient été prévues pour 2027 », lance un délégué au micro.
« De moins en moins nombreux pour de plus en plus de boulot »
Les prises de parole s'enchaînent, chacune ajoutant une couche au tableau. Un représentant évoque l'ambiance dans les ateliers : des convocations qui arrivent, des licenciements même pendant l'été, ou encore des sanctions jugées absurdes. « Un ancien cariste, 30 ans d'ancienneté, qui fait tomber un emballage : sanction. Un médecin remplit mal l’arrêt de travail d’un camarade : sanction. C'est des signes ». Ali Kaya confirme : « Il y a un climat de peur dans cette usine [...]. Aujourd'hui, aucune activité industrielle ne peut garantir notre avenir si ce n'est le rapport de force qu'on pourra imposer à la direction ».

Le contexte sectoriel pèse aussi sur les esprits. Renault Flins a mis fin à toute activité d'assemblage en mars 2024 pour laisser la place aux activités d'économie circulaire, mais les militants tirent un parallèle avec ce qui se passe ailleurs dans la filière : le groupe a récemment fermé son site de Villiers-Saint-Frédéric, avec plusieurs centaines d'ingénieurs concernés. Stellantis à Poissy, Volkswagen en Allemagne… Nombreux sont ceux à faire le parallèle.
Matthieu Bolle-Reddat, secrétaire de l’Union départementale CGT des Yvelines, est venu en soutien. « Votre lutte est fondamentale. Quand une usine ferme, c'est les commerces qui ferment, c'est les services publics qui reculent. Quand un emploi d'usine est détruit, c'est trois emplois qui sont détruits ».
Un point de départ
Le mot d'ordre du rassemblement est clair : ce mercredi n'était que le début. « Faut que ça monte crescendo », répète-t-on dans l'assemblée. Des idées circulent : bloquer un rond-point, manifester devant le Carrefour voisin, aller soutenir les collègues de Stellantis à Poissy qui « vivent exactement la même situation »... Ali Kaya appelle à construire des réseaux dans l'usine, au-delà des couleurs syndicales. « L'unité des travailleurs, c'est ça qui compte. Si on est unis, les syndicats suivront. » Dans tous les cas, le message porté par les 150 rassemblés était, lui, unifié : ils ne veulent pas se laisser « mourir sans se battre ».

